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Monde & diaspora

Un algerien à t’il le droit de venir vivre en France ?

Ishaq ChebliPar Ishaq Chebli
· 18 min de lecture

Un Algérien a-t-il le droit de venir vivre en France aujourd’hui, en plein durcissement migratoire et en pleine crise diplomatique entre Paris et Alger ? Le cadre existe, les portes ne sont pas fermées, mais les règles changent vite, surtout avec l’arrivée de nouvelles exigences linguistiques et d’un examen civique à partir de 2026.

Entre l’accord franco‑algérien de 1968, les réformes récentes, les conditions de visa, les titres de séjour et les tensions politiques, la réponse ne se limite plus à un simple « oui » ou « non ». Les Algériens qui envisagent une installation durable en France doivent désormais composer avec un environnement juridique dense, des critères linguistiques précis et une relation bilatérale sous tension.

Critère Informations clés
Nationalité algérienne 🇩🇿 Les Algériens ont un statut particulier prévu par l’accord franco-algérien de 1968.
Motif de séjour Études, travail, regroupement familial ou raisons personnelles : chaque cas a ses démarches spécifiques.
Titre de séjour Obligatoire pour séjourner plus de 3 mois. Délivré en fonction du motif et sous conditions.
Conditions Ressources stables, logement, assurance santé, parfois contrat de travail ou inscription universitaire.
Procédure Demande à faire auprès du consulat de France en Algérie ou en préfecture une fois en France.

Un Algérien a-t-il le droit de venir vivre en France ? Le cadre général

Un ressortissant algérien a le droit de demander à venir vivre en France, mais ce droit s’exerce dans un cadre strictement encadré par le droit français et par un dispositif spécifique : l’accord franco‑algérien du 27 décembre 1968, régulièrement modifié. Ce texte organise un régime d’exception plus favorable que le droit commun pour l’entrée, le séjour et l’installation professionnelle.

Ce droit n’est pas automatique. Il repose sur des conditions de visa, des motifs de séjour reconnus (famille, travail, études, santé, etc.), des niveaux de langue obligatoires et, à partir de 2026, la réussite à un examen civique sous forme de QCM. Les autorités françaises conservent un pouvoir d’appréciation, surtout dans le contexte de tensions bilatérales récurrentes.

L’enjeu dépasse le simple projet migratoire individuel. Il se situe au croisement de l’histoire coloniale, de la mémoire de la guerre d’Algérie, des débats sur l’immigration et des relations politiques entre les deux États. Cet arrière‑plan pèse sur chaque réforme, chaque durcissement ou assouplissement des procédures.

À retenir

Un Algérien ne bénéficie pas d’un droit automatique à l’installation en France, mais d’un régime juridique spécifique, distinct des autres étrangers non européens. Ce régime offre des facilités, mais impose aussi des obligations linguistiques et civiques de plus en plus précises.

Les bases juridiques : l’accord franco‑algérien de 1968 et le régime d’exception

L’accord franco‑algérien de 1968 constitue la pierre angulaire du statut des Algériens en France. Conçu au départ pour organiser l’arrivée de travailleurs algériens dans l’industrie française, il a évolué vers un outil structurant de l’immigration familiale et de l’installation durable.

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Ce régime spécial reste, aujourd’hui encore, plus favorable que le droit commun applicable aux autres ressortissants hors Union européenne. Il offre des avantages notables en matière de durée de séjour, de regroupement familial et d’accès à la carte de résident de 10 ans.

« Le régime prévu par l’accord franco‑algérien demeure plus favorable que celui applicable aux autres étrangers pour l’accès au séjour, à la carte de 10 ans et au regroupement familial. »

Les grandes caractéristiques du régime franco‑algérien

L’accord prévoit un statut spécifique de certificat de résidence algérien, qui remplace la carte de séjour classique dans de nombreuses situations. Il organise une hiérarchie de droits selon la durée de présence, la situation familiale et le projet professionnel.

  • Titres fondés sur la famille : environ 54,6 % des titres de séjour délivrés à des Algériens en 2024 reposent sur des motifs familiaux.
  • Titres économiques : 9,4 % des titres relèvent de motifs professionnels ou économiques.
  • Évolution historique : un dispositif pensé initialement pour les travailleurs migrants s’oriente désormais davantage vers l’immigration familiale et la stabilisation des parcours.

Ce cadre s’accompagne de droits sociaux élargis, souvent perçus en France comme un point de tension budgétaire et politique : accès au RSA, au minimum vieillesse, versement des retraites françaises en Algérie, facilités pour les ascendants ou parents d’enfants français mineurs, etc.

Un coût politique et financier assumé… mais contesté

Les estimations avancent un coût global annuel d’environ 2 milliards d’euros pour l’ensemble des droits sociaux et familiaux liés à ce régime. Ce montant nourrit régulièrement les débats parlementaires et les appels à renégociation de l’accord, notamment en France.

Dans ce contexte, plusieurs responsables politiques remettent en cause les avantages accordés aux ressortissants algériens, en liant ce régime dérogatoire aux tensions autour des expulsions, des visas et des obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Point d’attention

Une remise en cause unilatérale de l’accord de 1968 aurait des conséquences directes pour les Algériens déjà installés en France. Une réforme profonde modifierait les conditions d’entrée, de regroupement familial et d’accès au séjour durable. Les projets d’installation doivent se penser dans cette perspective mouvante.

Avant de venir vivre en France : visas, conditions d’entrée et installation initiale

Un Algérien qui souhaite vivre en France plus de trois mois doit, sauf rares exceptions, obtenir un visa de long séjour. Ce visa constitue la porte d’entrée vers les titres de séjour et vers l’installation durable. Sans lui, le séjour bascule très vite dans l’irrégularité, avec des conséquences lourdes (OQTF, impossibilité de régularisation hors cas exceptionnels, difficultés de retour).

Les démarches d’installation initiale avant 2026

Avant la mise en place des nouvelles exigences linguistiques et civiques de 2026, le schéma classique pour un projet d’installation durable comprend plusieurs étapes administratives successives.

  • Demande de visa de long séjour (plus de trois mois) auprès du consulat de France en Algérie.
  • Enregistrement éventuel au consulat de France en cas de binationaux ou de retours, pour certaines démarches.
  • Obtention éventuelle d’un permis de travail ou d’une autorisation de travail, selon le motif du séjour (salarié, travailleur indépendant, entrepreneur).
  • Demande de carte de séjour ou de certificat de résidence auprès de la Sûreté de Daïra ou des préfectures, selon l’organisation locale.

Chaque étape repose sur des conditions précises : ressources, logement, contrat de travail, liens familiaux, cohérence du projet. Le refus à l’un de ces stades remet en cause l’installation envisagée.

Les documents généraux habituellement requis

Les services consulaires et les préfectures exigent une série de pièces justificatives standard, auxquelles s’ajoutent des documents spécifiques selon le motif du séjour.

  • Visa de long séjour (type D ou VLS‑TS selon les cas).
  • Passeport valide, délivré depuis moins de 10 ans et encore valable plusieurs mois.
  • Photo d’identité conforme aux normes OACI (Organisation de l’aviation civile internationale).
  • Attestation d’assurance voyage, notamment pour la première phase de séjour.

À ces pièces s’ajoutent la preuve de ressources, la réservation ou le bail de logement, les justificatifs de famille, les actes d’état civil et, à partir de 2026, les attestations de niveau de langue et de réussite à l’examen civique, selon le titre demandé.

Phase Document clé Objectif
Avant le départ Visa de long séjour Autoriser l’entrée en France pour plus de 3 mois
Arrivée en France Contrôle passeport + visa Validation des conditions d’entrée
Installation Certificat de résidence / carte de séjour Légaliser le séjour au‑delà du visa
Long terme Carte de résident 10 ans Stabiliser le projet d’installation
Conseil pratique

Un projet d’installation se prépare sur plusieurs mois. Anticiper les prises de rendez‑vous, les traductions d’actes d’état civil, la légalisation ou l’apostille de certains documents et la constitution de preuves solides de logement et de ressources évite de longues interruptions de procédure.

À partir de 2026 : nouvelles exigences linguistiques et examen civique

À compter du 1er janvier 2026, la France introduit deux blocs d’exigences structurants pour les étrangers souhaitant s’installer durablement : un niveau minimal de français selon le titre demandé et un examen civique sous forme de QCM. Les ressortissants algériens sont pleinement concernés, même dans le cadre du régime de 1968.

Les niveaux de langue requis selon le titre de séjour

Le législateur lie désormais clairement la stabilité du séjour au degré de maîtrise du français, selon le cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL). Plusieurs seuils sont fixés pour les Algériens comme pour les autres étrangers.

Type de titre Niveau de français exigé Objectif
Carte de séjour pluriannuelle A2 minimum Capacité à communiquer dans des situations simples de la vie quotidienne
Carte de résident 10 ans B1 minimum Autonomie dans les échanges courants, compréhension globale de la vie sociale
Naturalisation française B2 minimum Maîtrise solide pour participer à la vie citoyenne et professionnelle

Ces niveaux impliquent souvent des cours de français langue étrangère (FLE), des préparations ciblées et la présentation à des tests reconnus par l’administration (TEF, TCF, DELF, etc.). La progression du niveau A2 vers B2 demande un investissement régulier et structuré.

L’examen civique : QCM et taux de réussite de 80 %

En parallèle des exigences linguistiques, un examen civique devient obligatoire pour certains titres de séjour. Il prend la forme d’un QCM et exige un taux de réussite d’au moins 80 %. Son entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2026.

Ce QCM porte sur des thèmes comme :

  • Les institutions françaises (Présidence, Parlement, collectivités territoriales).
  • Les principes constitutionnels (laïcité, égalité, libertés publiques).
  • L’histoire de France et les grandes dates.
  • Des notions liées aux droits et devoirs des étrangers en France.

« La délivrance de certains titres de séjour est subordonnée à la réussite d’une évaluation des connaissances civiques, validée par un questionnaire à choix multiples. Un taux d’au moins 80 % de bonnes réponses est exigé. »

Conseil

Préparer l’examen civique en même temps que les cours de français renforce l’intégration et évite de traiter ces obligations comme de simples formalités. Travailler sur la presse française, l’actualité politique et les ressources institutionnelles améliore les deux volets en parallèle.

Les exemptions possibles

Le dispositif prévoit des exemptions dans certaines situations : âge avancé, problèmes de santé graves, handicap, parcours scolaire francophone reconnu. Ces dérogations existent, mais restent encadrées et exigent des justificatifs médicaux ou administratifs solides.

Pour un Algérien qui prépare un projet familial ou professionnel en France, la question du français ne relève plus du simple confort de communication. Elle pèse directement sur l’accès aux cartes de séjour pluriannuelles, à la carte de résident de 10 ans et, à terme, à la naturalisation.

Motifs d’installation : famille, travail, études, protection et autres cas

Le droit français ne reconnaît pas un « droit général » pour un Algérien de venir vivre en France sans motif. Il organise des voies d’entrée spécifiques, chacune avec ses critères, ses justificatifs et ses marges d’appréciation.

Immigration familiale : le principal canal pour les Algériens

Les chiffres récents montrent que 54,6 % des titres de séjour délivrés à des Algériens en 2024 ont une motivation familiale. L’accord de 1968 renforce encore cette dimension par des facilités spécifiques qui distinguent les Algériens du droit commun.

  • Regroupement familial possible après 12 mois de séjour régulier en France, contre 18 mois pour les autres étrangers.
  • Accès direct à un certificat de résidence pour les ascendants de Français ou les parents d’enfants français mineurs.
  • Stabilisation rapide par l’accès anticipé à la carte de résident de 10 ans.

Ce régime favorise l’installation durable de familles algériennes, tout en posant des questions récurrentes en France sur l’équilibre entre immigration de travail et immigration familiale.

Immigration de travail : salariés, indépendants et entrepreneurs

Historiquement, l’accord de 1968 visait avant tout les travailleurs algériens. Le marché du travail a changé, mais les voies d’entrée professionnelles restent structurantes. Elles se déclinent en plusieurs catégories.

  • Travailleurs salariés : contrat de travail visé par l’administration française, respect du droit du travail, respect du salaire minimum et des conditions d’hébergement.
  • Travailleurs indépendants et entrepreneurs : l’accord facilite l’installation indépendante, notamment pour la création d’entreprise, la reprise d’activité ou certaines professions libérales.
  • Cartes talent ou équivalents : pour des profils qualifiés, chercheurs, artistes, investisseurs, selon les dispositifs ouverts par le droit français.

Les autorités françaises utilisent cependant le canal économique avec prudence. Les débats publics récents ont même conduit à des mesures de suspension, comme la fermeture de l’immigration de travail en 1973‑1974, qui a contribué à déplacer la pression migratoire vers le regroupement familial et les régularisations.

Études, formation et mobilité académique

Les étudiants algériens figurent depuis longtemps parmi les publics présents dans les universités et grandes écoles françaises. Le visa étudiant offre une voie d’entrée structurée, avec obligation de prouver les ressources, l’hébergement et l’admission dans un établissement reconnu.

Ce motif n’ouvre pas automatiquement à une installation définitive, mais il sert fréquemment de tremplin vers d’autres statuts : changement vers un titre salarié, création d’entreprise, mariage avec un conjoint français, etc. La maîtrise du français et la réussite universitaire jouent alors un rôle décisif.

Asile, protection subsidiaire et autres statuts

Les Algériens peuvent aussi solliciter l’asile ou la protection subsidiaire s’ils font l’objet de menaces graves dans leur pays d’origine. L’examen de ces demandes relève de l’OFPRA et de la Cour nationale du droit d’asile, sur des critères stricts de persécution ou de risque sérieux.

Ce canal demeure minoritaire, mais il illustre le fait que le droit français ne ferme pas la porte à ceux qui justifient d’un besoin de protection reconnu par les conventions internationales.

Accès aux titres de séjour et à la carte de résident de 10 ans

Vivre en France de manière stable signifie détenir un titre de séjour en règle, renouvelé dans les délais, puis accéder si possible à une carte de résident de 10 ans. Pour les Algériens, l’accord de 1968 aménage plusieurs avantages par rapport au droit commun.

Le certificat de résidence algérien

Le certificat de résidence constitue la principale forme de titre de séjour pour les ressortissants algériens. Il se décline en plusieurs mentions : « vie privée et familiale », « salarié », « commerçant », « retraité », etc. Sa durée peut aller d’un an à plusieurs années.

À partir de 2026, l’obtention de certificats pluriannuels sera liée au niveau A2 de français pour la langue et, dans certains cas, à la réussite à l’examen civique. Le renouvellement pourra être conditionné à ces preuves d’intégration linguistique et civique.

Accès accéléré à la carte de résident de 10 ans

L’un des avantages majeurs de l’accord franco‑algérien réside dans l’accès plus rapide à la carte de résident de 10 ans. Là où le droit commun exige généralement cinq ans de séjour régulier, un Algérien peut y accéder après trois ans dans certaines configurations.

À compter de 2026, ce passage vers la carte de résident se combine avec l’exigence d’un niveau B1 de français. Autrement dit, la favorisation en durée s’accompagnera d’un filtrage linguistique renforcé, déjà en vigueur pour d’autres nationalités mais désormais centralisé pour tous.

Encadré pratique

Pour un Algérien installé depuis plusieurs années en France, viser la carte de résident de 10 ans suppose de planifier un parcours linguistique progressif : consolidation du niveau A2 pour les titres pluriannuels, puis montée au niveau B1 pour accéder à la stabilité à long terme.

Droits sociaux, droits familiaux et protection en France

Le régime franco‑algérien se distingue aussi par l’étendue des droits sociaux ouverts aux Algériens installés régulièrement en France. Cette dimension alimente autant les stratégies familiales que les controverses politiques.

Droits sociaux spécifiques

Les ressortissants algériens en situation régulière bénéficient, sous conditions, de plusieurs dispositifs alignés sur ceux des nationaux, parfois même dès l’installation.

  • RSA (revenu de solidarité active) accessible dans des conditions proches de celles applicables aux Français.
  • Minimum vieillesse pour les personnes âgées à faibles ressources.
  • Versement des retraites françaises en Algérie, pour les travailleurs qui retournent vivre au pays après une carrière en France.

Ces droits s’additionnent à l’accès à la sécurité sociale, aux allocations familiales, aux aides au logement, selon les règles générales. Ils constituent un pilier de la relation migratoire franco‑algérienne, en prolongeant la solidarité au‑delà des frontières.

Droits familiaux renforcés

L’accord de 1968 accorde des droits élargis pour la famille. Un Algérien installé régulièrement en France peut, sous conditions de ressources et de logement, faire venir son conjoint et ses enfants mineurs de manière facilitée par rapport au droit commun.

Les ascendants (parents) de Français ou les parents d’enfants français mineurs peuvent, dans certains cas, accéder plus directement à un certificat de résidence. Le lien avec un enfant français devient alors un vecteur puissant d’accès au séjour.

« Les ascendants de Français et les parents d’enfants français mineurs bénéficient d’un accès direct à un certificat de résidence, sous les conditions prévues par l’accord de 1968. »

Note

Ces facilités familiales expliquent pourquoi l’immigration algérienne en France repose largement sur les liens de filiation et de conjugalité. L’histoire migratoire ancienne entre les deux pays a créé un tissu familial dense, entretenu par ces règles spécifiques.

Chiffres clés : combien d’Algériens vivent en France et comment évoluent les flux ?

Pour apprécier concrètement la portée du droit de venir vivre en France, les chiffres de population et de flux offrent un repère utile. Ils montrent une présence importante, mais aussi des ajustements récents sous l’effet des politiques migratoires.

Population régulière et part parmi les étrangers

On compte environ 649 991 ressortissants algériens titulaires d’un titre de séjour valide en France. Cette population représente environ 16 % de l’ensemble des étrangers en situation régulière.

En 2020, cette population était estimée à 604 000 personnes. La progression reste significative, même si les flux annuels connaissent des variations en fonction des décisions politiques et des tensions diplomatiques.

Flux de titres délivrés, renouvellements et situations irrégulières

Pour l’année 2024, plusieurs indicateurs illustrent la dynamique des entrées et des renouvellements.

  • 29 100 premiers titres de séjour délivrés à des Algériens, soit une baisse d’environ 9,1 % par rapport à 2023.
  • 33 700 situations irrégulières recensées, ce qui met en lumière l’écart entre le droit d’entrer légalement et la réalité des parcours migratoires.
  • 125 000 renouvellements de titres de séjour, révélateurs d’une population déjà installée et stabilisée.

Aucune statistique officielle récente ne détaille, pour 2026, le nombre de visas délivrés aux ressortissants algériens. Ce trou statistique reflète aussi le caractère sensible du sujet dans un contexte de bras de fer diplomatique autour des laissez‑passer consulaires et des expulsions.

Crises diplomatiques et usage de l’immigration comme levier politique

La question « un Algérien a-t-il le droit de venir vivre en France ? » ne se joue pas uniquement sur le terrain juridique. Elle se noue aussi dans une relation bilatérale tendue, marquée par des crises, des rappels d’ambassadeurs et des décisions unilatérales sur les visas.

Une crise sans précédent depuis vingt ans

Depuis 2023‑2025, la relation franco‑algérienne traverse une crise jugée sans précédent depuis deux décennies. Plusieurs événements ont servi de déclencheurs, chacun ayant des répercussions sur la coopération migratoire.

  • Retrait de l’ambassadeur algérien en France le 30 juillet 2024.
  • Suspension de nombreux contacts politiques et économiques, avec un effondrement des échanges commerciaux.
  • Reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, décision très mal perçue à Alger.
  • Attentat du 22 février 2025 à Mulhouse, impliquant un suspect algérien sous OQTF non exécutée, qui a relancé les appels au durcissement.

Dans ce climat, la France menace régulièrement de réviser les accords de 1968, tandis que l’Algérie répond par une application stricte de la réciprocité. Ces bras de fer se traduisent concrètement dans la délivrance des visas et la coopération sur les expulsions.

Laissez‑passer, expulsions et retour des irréguliers

Depuis mars 2023, l’Algérie a suspendu la délivrance de nombreux laissez‑passer consulaires, documents nécessaires pour renvoyer un ressortissant en situation irrégulière. Ces blocages limitent fortement l’exécution des OQTF prises en France.

La coopération en matière de retour des ressortissants algériens en situation irrégulière se trouve ainsi au plus bas. Les mesures de pression françaises (réduction des visas, durcissement des contrôles) ont montré des effets limités sur les renvois effectifs.

« La fermeture des voies légales d’immigration, observée après les suspensions des années 1973‑1974, a favorisé un recours accru aux flux irréguliers et aux procédures de régularisation a posteriori. »

Point sensible

Le durcissement des visas et la fragilisation des voies légales finissent souvent par renforcer les parcours irréguliers. Les Algériens qui envisagent un projet migratoire ont intérêt à évaluer précisément les risques liés à l’irrégularité, tant en France qu’au regard des relations bilatérales.

L’immigration comme instrument de pression politique

Des responsables politiques français, dont Bruno Retailleau, défendent ouvertement l’usage de l’immigration comme levier diplomatique sur Alger. Réduction des visas, contrôles renforcés, menaces sur les accords de 1968 : autant d’outils mobilisés pour pousser l’Algérie à mieux coopérer sur les expulsions.

Monde & diasporaÉlever un enfant entre Alger et Marseille : ce que la diaspora transmet sans le dire

En retour, l’Algérie s’appuie sur la force de sa diaspora et sur les liens humains, économiques et mémoriels pour peser sur le débat français. Cette dimension explique pourquoi la présence algérienne en France occupe une place spécifique dans les discussions publiques.

Mémoire, opinion publique et enjeux médiatiques

La question du droit des Algériens à vivre en France ne se résume pas à un empilement d’articles de loi. Elle s’inscrit dans un imaginaire collectif, marqué par la colonisation, la guerre d’Algérie, l’immigration de travail des Trente Glorieuses et les débats contemporains sur l’intégration.

Poids de l’histoire et de la guerre d’Algérie

La mémoire de la guerre d’Algérie imprègne encore profondément les relations franco‑algériennes et façonne les perceptions mutuelles. Les controverses autour des bilans humains, du traitement des archives ou des responsabilités historiques resurgissent régulièrement.

Pour approfondir cette dimension, des analyses détaillées existent sur la question du nombre de morts lors de la guerre d’Algérie. Ces travaux montrent à quel point les chiffres et la mémoire historique restent au cœur des débats actuels sur la légitimité et la place de la présence algérienne en France.

Médias, enquêtes et journalisme d’investigation

Les médias jouent un rôle déterminant dans la construction de l’image de l’immigration algérienne. Entre traitements sensationnalistes et enquêtes rigoureuses, les récits médiatiques influencent l’opinion, les votes et, indirectement, les choix législatifs.

Des plateformes comme Mediapart et le journalisme d’investigation contribuent à documenter les politiques migratoires, les conditions de vie des étrangers, les bavures administratives et les zones d’ombre des accords bilatéraux. Ces enquêtes alimentent un débat plus informé, loin des slogans.

Figures politiques et controverses publiques

Des personnalités comme Jordan Bardella occupent un espace central dans le débat français sur l’immigration algérienne, en liant systématiquement insécurité, OQTF et accords de 1968. Les prises de position sur une éventuelle visite de Bardella en Algérie illustrent ces tensions symboliques.

Certains articles analysent la question de Bardella en Algérie comme un révélateur des fractures entre mémoire, identité et diplomatie. La manière dont ces enjeux sont mis en scène montre à quel point un projet migratoire individuel se trouve vite happé dans un dialogue politique beaucoup plus large.

Repère

Pour un Algérien qui envisage de vivre en France, comprendre ce paysage historique et médiatique aide à anticiper les débats, les incompréhensions et les attentes de la société française en matière d’intégration, de langue et de participation citoyenne.

Naturalisation française : du séjour durable à la citoyenneté

Vivre en France ne signifie pas nécessairement devenir français. La naturalisation représente une étape distincte, plus exigeante, qui suppose un enracinement durable, un casier judiciaire compatible, une intégration reconnue et, à partir de 2026, un niveau B2 de français.

Pour un ressortissant algérien, plusieurs années de séjour régulier, une carte de résident de 10 ans, une insertion professionnelle, une participation à la vie sociale et une bonne connaissance de l’histoire et des institutions françaises constituent les piliers de ce parcours.

La naturalisation n’annule pas les liens avec l’Algérie, mais elle modifie profondément le rapport au droit de séjour. Une fois Français, l’ancien ressortissant algérien ne dépend plus des accords bilatéraux ni des réformes du droit des étrangers, même si la France et l’Algérie entretiennent des positions spécifiques sur la binationalité et la réforme de leur code de la nationalité.

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