Vendredi 18 juin 2004

 

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Témoignage de Zerdoumi Mahmoud Belaàd, pére de deux détenus
Abou Ghraàb, ce n'est rien devant T'kout

Il s'appelle Zerdoumi Mahmoud Belaàd. Ses deux enfants en prison, Omar et Abdelmadjid, font partie des vingt-huit détenus condamnés par le tribunal d'Arris. Ils ont été arràtés sans aucune raison comme tous les autres d'ailleurs.
Durant leur détention dans les locaux de la gendarmerie, ils ont subi un véritable supplice, ont été torturés ; ce qui s'est passé ici dépasse de loin Abou Ghraàb. Certaines des personnes arràtées ont été déshabillées en partie, les autres, ils les ont mises toutes nues. Ensuite, ils se sont mis à les tabasser comme ne l'ont pas fait les Américains avec les Irakiens. Elles ont été torturées, les gendarmes ont commis un péché. Tout le monde est témoin de ce qui s'est passé. Le maire et le colonel étaient devant la porte de la gendarmerie, ils voyaient ce qui se passait, ils prenaient plaisir en voyant nos enfants se faire torturer. Ils discutaient de tout et de rien et riaient pendant que les malheureux hurlaient et suppliaient que ces tortures cessent. Tout le monde peut confirmer ce que je vous dis car nous étions tous rassemblés autour de la gendarmerie. On entendait nos enfants hurler de terreur, de douleur. Certains d'entre eux, les plus jeunes, criaient : Maman, ton fils meurt , Maman, viens à mon secours. D'autres encore disaient : Arràtez, vous allez nous tuer ! Les parents qui se trouvaient aux alentours étaient complétement désemparés, c'était l'horreur, personne ne savait quoi faire. Ils suppliaient qu'on les laisse voir leurs enfants, que les coups cessent, qu'on arràte de les torturer. Ils leur ont fait des choses incroyables. Personne ne voulait nous répondre.
Zerdoumi Mahmoud poursuit son récit sans relàche. Parfois, il prend à peine le temps de respirer pour reprendre de plus belle. Ses idées sont parfois décousues, mais nous préférons les livrer telles quelles. Pendant que nous étions là, poursuit-il, les fourgons de la gendarmerie continuaient à amener d'autres personnes arràtées. Ils les ont pourchassées toute la nuit ; tous ceux qui se trouvaient dans la rue étaient systématiquement embarqués. Les gendarmes ont fait preuve d'une sauvagerie incroyable. J'habite à un kilométre de la caserne, j'ai vu tout ce qui s'est passé. Ils étaient postés dans tous les coins de rue et tabassaient toutes les personnes qu'ils croisaient. Ils n'ont épargné ni femme ni enfant. Cela a duré jusqu'au matin. Il en veut aux commissions d'enquàte : L'Etat, dit-il, a envoyé des personnes chargées de faire la lumiére sur ce qui s'est passé, il leur a été demandé de prendre attache avec les victimes, mais une fois sur place, ils se sont entretenus uniquement avec ceux qui n'avaient rien à voir avec l'affaire. Ils ont choisi ces gens eux-màmes. Ils les ont choisis pour infirmer ce qui s'est passé, pour dire qu'il n'y avait rien eu. Les notables ont tout nié, ce sont leurs amis. Vous vous imaginez, nos enfants sont en prison, des jeunes ont été torturés, une véritable guerre a été menée contre la population de T'kout et, en fin de compte, on dit qu'il n'y a rien eu.
Retour sur les événements. Le lendemain, enchaàne-t-il, nous avons été voir le colonel pour demander des nouvelles de nos enfants. L'un de ses hommes m'a informé que mes deux fils étaient en prison. Quand je lui ai demandé pour quelle raison ils les avaient emprisonnés, vous savez ce qu'il m'a répondu : "Vous àtes tous des terroristes ici, vous voulez combattre l'Etat." Mon fils Omar se trouvait à Sétif au moment des événements. Ils l'ont recherché pendant plusieurs jours avant d'apprendre que lorsqu'il venait à T'kout, il passait parfois la nuit chez ma vieille mére. Elle a cent ans, mes enfants se relayent pour ne pas la laisser seule. Sa maison a été mise à sac. Ils recherchaient apparemment des cassettes vidéo. Peu de temps aprés, ils m'ont convoqué et m'ont accusé d'avoir donné la maison à une bande. Ils ont ensuite exigé que Omar se rende, je leur ai promis qu'il le ferait. Dés son retour, il s'est rendu à la brigade de gendarmerie. Actuellement, il est en prison. Le récit se poursuit sans relàche : Mes enfants et tous les détenus ont été arràtés pour leur lien avec les Kabyles, voilà la vérité. Bouteflika, le maire et toutes les autorités ont pourtant été élus gràce à la voix de ces jeunes qui sont détenus. On a applaudi quand le maire a été élu parce que, nous a-t-on dit, c'est l'homme qu'il nous fallait ; en fin de compte, il a mis nos enfants en prison. Il était devant la porte de la brigade pour assister à la séance de torture de nos enfants. Ils ont dit que ces personnes étaient recherchées, d'accord, pourquoi ne les ont-elles pas convoquées et emmenées directement au tribunal ? Pourquoi la justice existe-t-elle dans ce cas-là ? Il nous faut une révolution.
Zerdoumi Mahmoud se fait menaàant à présent : Si nos enfants ne sont pas relàchés, la situation risque d'empirer. Bouteflika doit savoir que si nos enfants ne sont pas relàchés, une véritable révolution aura lieu à T'kout ; il a été élu à 80 % pour qu'il soit prés du peuple, mais en fin de compte, il fait la guerre au peuple.
Abla Chérif


Abla Chérif

02-06-2004

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