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Le taux de 95 % d'application des programmes n'est qu'un leurre
Détrompez-vous, Monsieur Benbouzid !

Hameg Azemouri, enseignant (Bouira)
01-06-2004

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Je voudrais exprimer mon amertume vis-à -vis des services du ministére de l'Education nationale qui nous ont pris en otages, profs et éléves, durant les deux mois de gréve initiée par le Cnapest. Au lieu de trouver une solution rapide au probléme, ils avaient excellé dans la ruse afin de mater les grévistes tout en hypothéquant l'avenir de toute une génération d'apprenants. Nous les tuteurs de nos enfants sommes tous responsables des impostures éducatives répétées qui se sont établies depuis longtemps dans notre pays. La derniére est celle initiée par les services du ministére de l'Education pour pallier les conséquences fatidiques de la gréve du secondaire sous forme de suivi et d'évaluation trimestrielle concernant l'application des programmes et de l'évolution de l'enseignement, tous paliers confondus. Lorsqu'on confie une tà¢che de suivi aussi compliquée à  des gens qui n'ont pas de savoir-faire et de savoir-àªtre, cela s'appelle du bricolage. Il faut que tout le monde sache que les commissions de suivi n'ont fait que comptabiliser le taux d'application des programmes, pas plus. Aucune réunion de concertation n'a eu lieu entre les concernés pour élaborer des programmes adaptés selon la conjoncture, et ceci sur des bases pédagogiques avérées. Le rà´le d'une commission chargée du suivi devait normalement apporter un plus, un savoir-faire à  l'administration et à  l'enseignant au lieu d'exercer des pressions indirectes sur les tutelles de lycées qui, à  leur tour, pressent les enseignants à  aller vite dans l'application des programmes tout en négligeant les effets néfastes de tels agissements sur le processus d'apprentissage.
Premiérement, pour cause de gréve, le temps perdu durant les deux mois de pagaille a causé un grand préjudice au bon déroulement des cours, et par là  à  l'application des programmes. Les services du ministére, qui n'ont cessé de rabà¢cher et de vanter le parfait suivi du réaménagement des emplois du temps et des programmes, n'ont fait qu'exacerber la panique des enseignants dont la discussion tournait inlassablement autour du taux d'avancement dans les programmes. Qui terminera le premier le programme, est devenu le leitmotiv de chacun ! Ce comportement machiavélique de la tutelle a poussé les enseignants à  pervertir leurs enseignements et à  faire dans le bricolage et l'improvisation. Les approches, les méthodes, les techniques d'enseignement ainsi que le processus d'apprentissage chers au pédagogue, sans lesquels l'apprentissage ne pourra pas avoir lieu, se sont évaporés pour laisser place à  la dictée, au remplissage et parfois aux scénes de théà¢tre entre prof désabusé de peur de ne pas àªtre au rendez-vous et des éléves qui ne savent pas à  quel saint se vouer pour comprendre et emmagasiner le stock de détails incompris, versés en gros sur leurs tàªtes. Résultat : au mois de mars, durant les conseils de classes du premier semestre, il y avait des profs qui avaient donné le taux de 75 % dans l'avancement des programmes. Allons, allons, o๠est la conscience professionnelle ? O๠est l'éthique dans tout cela ? Cessons de tromper nos enfants ! Cessons de dispenser un enseignement de faà§ade ! Nos enfants ont déserté les lycées car ils ne croient plus au savoir et à  ceux qui le pràªchent. Le taux de réussite au bac cette année montrera à  quel point l'école algérienne a été fragilisée par des hommes dont le seul souci est de faire semblant que à§a marche. Parler du taux d'application des programmes comme si on parlait du nombre de litres versés dans un réservoir est une vraie imposture.
Deuxiémement, pour cause de gréve ou pas, le niveau des éléves est tellement médiocre qu'ils n'arrivent plus à  suivre les programmes d'une maniére adéquate car les contenus et les objectifs de ces derniers dépassent de loin leurs compétences et leurs capacités : un éléve qui ne maà®trise pas les prérequis de l'ancien programme ne pourra jamais assimiler les notions du nouveau. Ceci est un fait indéniable qu'aucun enseignant ne peut nier. 80 % des éléves de 3e AS ne maà®trisent pas les connaissances de base de toutes les matiéres qu'ils sont censés apprendre. Pis, l'incohérence des programmes, tous paliers confondus, a contribué en grande partie à  la dépravation des différentes situations d'apprentissage et, par voie de conséquence, à  la déviation des finalités des cursus d'enseignement. Le ministre de l'Education nationale, qui persiste et signe que 400 lycées à  l'échelle nationale ont appliqué les programmes à  100 %, ignore le fond du probléme. Dans l'apprentissage, il y a deux objectifs majeurs à  atteindre : le premier, c'est la couverture des contenus à  dispenser aux apprenants. Ceci est partiellement acquis. Deuxiémement, et le plus important, ce sont les compétences et les capacités à  installer et à  développer chez ces màªmes apprenants. Ceci n'a pas eu lieu car cette année les éléves ont été submergés par un flot de contenus sans savoir quoi faire avec. Pédagogiquement parlant, l'année scolaire est ratée. Les enseignants qui demandent une deuxiéme session du bac en savent quelque chose. Donc le 95 % d'application du taux des programmes dont parle le ministre n'est que leurre.
Hameg Azemouri, enseignant (Bouira) 

 

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