Vendredi 04 juin 2004

 

Chroniques de

Dossiers

  Polémiques
  Sport

Caricature

  Horoscope du jour

A votre service

Archives

 

Dossiers> Evénement


Comment je vois 2003

P-M G.*Journaliste, politologue
07-01-2003

Imprimez cet article
Envoyez cet article à un ami

Par Paul-Marie de La Gorce
Voici donc la troisiéme année d'un siécle dont les historiens diront sans doute qu'il a commencé le 11 septembre 2001. De ce jour-là , le Président américain George W. Bush devait dire que « rien ne serait plus jamais comme avant ». Et, de ce jour, en effet, dit-on aux Etats-Unis, a commencé la guerre contre le terrorisme, déclenchée par l'attaque du 11 septembre contre les Twin Towers de New York et les bà¢timents du Pentagone à  Washington.
Cette maniére de voir, séduisante par sa simplicité, et qui veut opposer le « bien » représenté par l'Amérique et le « mal » incarné par ses adversaires, ne correspond pourtant pas à  la réalité. C'est qu'elle laisse de cà´té le fait essentiel qui détermine tout le cours actuel des relations internationales, y compris le phénoméne terroriste : l'existence d'une hégémonie unique, s'exerà§ant à  l'échelle du monde, sans rivale et disposant de toute la gamme des moyens d'une superpuissance, politiques et stratégiques, économiques et financiers, scientifiques et techniques, et màªme culturels, c'est-à -dire l'hégémonie américaine. Telle est la donnée majeure qui prévaudra durant l'année 2003 par l'hégémonie unique des Etats-Unis et par les réponses aux questions qu'elle pose : comment le pouvoir américain va-t-il l'exercer et quel sera, envers elle, le comportement du reste du monde, soit qu'il s'y soumette, soit qu'il y résiste ? Sans doute faut-il mieux définir cette hégémonie dont on parle. Par comparaison avec d'autres qui l'ont précédée, elle comporte trois caractéristiques singuliéres.
C'est d'abord qu'elle est unique. L'empire romain, à  son apogée, ne recouvrait que le bassin méditerranéen, l'Europe occidentale, l'Asie mineure et le Proche-Orient, mais rien au-delà . La « Maison d'Autriche », du XVIe au XVIIIe siécles, ne songeait qu'à  dominer l'Europe. L'empire britannique, qui recouvrit plus de territoires qu'aucun autre avant ou aprés lui, avait, dans sa plus grande extension, plusieurs rivaux importants comme la France et son empire colonial, les Etats-Unis, l'empire allemand, la Russie des tsars, l'empire japonais. L'Allemagne, au plus fort de ses tentatives de domination du monde, se heurta aux autres puissances qui, coalisées, furent plus fortes qu'elle.
Les Etats-Unis sont aujourd'hui seuls à  pouvoir exercer leur hégémonie à  l'échelle du monde entier.
Mais cet « empire américain », on ne doit pas l'oublier, se veut aussi un « pays de la liberté ». Ses institutions sont démocratiques. Des controverses politiques y ont cours. La critique du pouvoir s'y exerce. Le vote des électeurs pése sur les choix des gouvernants. Au point qu'on a pu croire, comme les dirigeants américains eux-màªmes l'ont souvent prétendu, que l'hégémonie des Etats-Unis aboutirait à  la victoire progressive, dans tous les pays, de leur idéal démocratique et libéral. Que la réalité ait, hélas, démenti ce ràªve n'est plus contestable. Mais on aura garde d'oublier, dans l'analyse du développement futur de l'hégémonie américaine, le caractére démocratique que le pays conserve à  bien des égards.
L'expérience a montré que les Etats-Unis, à  leur tour, s'inspiraient, quelles qu'aient été leurs intentions initiales, de la logique de toute hégémonie, qui est la logique de la puissance. Il est dans la nature de l'hégémonie de s'étendre et de briser ceux qui s'opposent à  elle, comme il est aussi dans sa nature de susciter des oppositions : l'histoire l'enseigne impitoyablement. Quand on dispose de la puissance et que nul ne peut s'y opposer avec une puissance comparable, on s'en sert : telle est la logique de la puissance. Longtemps, on n'a pas suffisamment mesuré les formidables conséquences de l'écart énorme qui sépare désormais la puissance militaire américaine de toutes les autres. Elle fut bridée, durant trois ou quatre décennies, par l'existence de l'Union soviétique et du camp de l'Est qui pouvaient, dans une certaine mesure, aider les adversaires des Etats-Unis à  leur résister : la guerre du Vietnam en a été le cas le plus réussi et le plus spectaculaire. Mais rien n'en subsiste aujourd'hui. Et l'on peut alors constater que rien n'arràªte, apparemment, les Etats-Unis dans l'usage de leur puissance, si ce n'est le jugement qu'ils portent eux-màªmes sur l'intéràªt qu'ils ont à  s'impliquer dans telle crise ou telle région du monde. A une cadence accélérée, on a vu se succéder ainsi la guerre du Golfe, l'intervention en Bosnie, la guerre du Kosovo, l'expédition militaire en Afghanistan et, dés maintenant, les préparatifs de la guerre contre l'Irak. On a vu simultanément s'étendre la présence permanente des forces américaines : dans plusieurs pays d'Asie centrale, en Afghanistan et au Pakistan, au Yémen, dans de nouveaux pays du Golfe, au Caucase et dans les Balkans. Nul doute que cette logique de la puissance militaire va se développer.
Qu'en sera-t-il donc en 2003 ? La guerre programmée contre l'Irak est révélatrice des intentions du pouvoir américain. Aucun lien n'a pu àªtre établi entre ce pays et le phénoméne terroriste qui a montré toute son ampleur le 11 septembre. Elargissant délibérément et presque immédiatement leurs objectifs non seulement à  la lutte contre les pays qui aident ou tolérent le terrorisme mais à  ceux qui se sont dotés d'armes dites de « destruction massive » ou qui le pourraient, ou qui en ont l'intention, les dirigeants américains ont montré eux-màªmes que leur politique consisterait à  utiliser leur lutte parfaitement légitime contre le terrorisme pour briser d'éventuels ou réels centres de résistance à  l'hégémonie des Etats-Unis, màªme sans aucun lien avec le phénoméne terroriste. Dans cette logique, l'objectif choisi, pour commencer, c'est-à -dire l'Irak, est particuliérement compréhensible : la prise en main politique, économique et stratégique de ce pays leur donnerait une position déterminante, à  la fois face à  l'Iran, aux pays du Golfe et au Proche-Orient, c'est-à -dire dans une région qui est à  leurs yeux l'une des plus importantes du monde. Nul doute, par conséquent, qu'ils vont poursuivre cet objectif sous une forme ou sous une autre et qu'à  partir de là  ils développeront leur action dans les régions voisines.
De là  vient que le théà¢tre des crises majeures de l'année 2003 se situera dans la zone comprise entre la Méditerranée et l'Océan indien, entre l'Afrique du Nord et les confins de la Russie, de la Chine et de l'Inde, recouvrant le Proche-Orient et le Sud-Est asiatique. Le fait est que cette région s'identifie pour une grande part au monde arabe et au monde musulman. Il faut donc dés maintenant prendre la mesure des conséquences qui peuvent résulter d'une guerre contre l'Irak. Au lieu de réduire le phénoméne terroriste en l'isolant, c'est-à -dire en s'appuyant, dans cette partie du monde, sur les forces nationalistes et modernistes qui se sont toujours affrontées à  l'intégrisme extrémiste, matrice du terrorisme, cette guerre, au contraire, rapprocherait, souderait peut-àªtre, les résistances nationales et la mouvance islamiste face à  une domination étrangére et à  ses interventions militaires, suscitant peut-àªtre un interminable engrenage de violences opposées.
Telle est la perspective de l'année 2003, il faut la regarder en face.
P-M G.
*Journaliste, politologue  

 

A lire également


« Danger sur la liberté de la presse »

« La menace Bouteflika restera entiére »

« Les jours seront sombres »

« Ce sera l'année anti-américaine »

« Les vrais problémes vont rester »

« Ce sera l'esssor du cinéma algérien »

« Chasser les loups islamistes »

« Nous nous opposerons à  tous les bradages »

« Stopper la guerre en Tchétchénie »

« Pour une nouvelle coopération entre l'Algérie et les Nations unies »

 


Recherche

Copyright © 2002-2016 Le matin. Réalisation All Rights Reserved