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« Danger sur la liberté de la presse »

R. M. (*) Secrétaire général de Reporters sans frontiéres
01-01-2003

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Par Robert Menard (*)

Robert Ménard, journaliste, est le fondateur de l'ONG Reporters sans frontiéres (RSF) en 1985. Disposant de plus de cent correspondants, Reporters sans frontiéres dénonce les violations de la liberté de la presse dans le monde. L'association s'est dotée, en janvier 2002, d'un bras judiciaire en créant le réseau Damoclés. Pour que les assassins ou les tortionnaires de journalistes soient jugés, le réseau intervient aux cà´tés des victimes, devant les juridictions nationales et internationales compétentes, afin de mettre en uvre les actions judiciaires appropriées.

Guerre ou paix ? C'est, bien sà»r, la question qui est sur toutes les lévres et dans tous les esprits en ce début 2003. Verra-t-on, dans les semaines qui viennent, un « remake » de la guerre du Golfe, version Bush fils ? Et si oui, quelles en seront les conséquences, notamment au Moyen-Orient et dans les pays du monde arabe ? A ces questions, je n'ai évidemment pas l'ombre d'un début de réponse. Et je me garderai bien d'avancer le moindre pronostic ou de jouer à  Madame Soleil. Je me contenterai de constater les dégà¢ts que cette guerre annoncée a déjà  faits sur le terrain qui est le nà´tre à  Reporters sans frontiéres, celui de la liberté de la presse.
Au lendemain des attentats contre les tours du World Trade Center, dans l'urgence de la lutte antiterroriste, on a vu plusieurs pays - dont de vieilles démocraties attachées, s'il en est, aux droits de l'homme - prendre des mesures, voter des textes de loi qui se sont avérés comme autant de coups de canif aux libertés individuelles. Dans leur collimateur, en particulier, internet, suspecté de tous les maux depuis qu'il a été utilisé par Al Qaà¯da. Qu'on se rassure : la Toile est désormais sous surveillance, sans que personne ou presque s'en émeuve. Comme si le fait que des terroristes communiquent par le biais de la poste pouvait justifier qu'on ouvre le courrier d'une personne sans l'autorisation d'un magistrat
Mais, plus grave encore, de nombreux gouvernements ont intensifié et justifié leur répression des voix d'opposition ou indépendantes au nom du combat, évidemment nécessaire et légitime, contre les adeptes de la violence aveugle. On ne compte plus les journalistes suspectés, le plus souvent sans preuve, de soutenir les « terroristes maoà¯stes » au Népal, les « terroristes des FARC » en Colombie, les « terroristes tchétchénes » en Russie ou les « terroristes ouighours ou tibétains » en Chine. En Tunisie, le régime du Président Ben Ali n'hésite pas à  coller l'étiquette infamante de « terroriste » ou de « proche d'Al Qaà¯da » au moindre de ses opposants. Certains d'entre eux se voient màªme accusés, à  l'image de la journaliste Sihem Bensedrine, d'àªtre à  la fois des suppà´ts des islamistes et des vendus à  Israà«l
Bien entendu, il n'est pas question de faire preuve ici d'angélisme et d'oublier, ou de passer sous silence, ce que des mouvements terroristes - qu'il s'agisse d'Al Qaà¯da ou du GIA en Algérie - ont été capables d'infliger à  la presse et aux journalistes. Mais, disons-le une nouvelle fois, rien de cela ne saurait justifier les débordements des forces de sécurité des Etats engagés dans la lutte antiterroriste. Aussi est-on en droit de s'interroger sur certaines corrélations : est-ce un hasard si, dans ce contexte justement, prés de 1 500 journalistes ont été agressés ou menacés au cours des douze derniers mois ? Un record absolu, en augmentation de 100 % par rapport à  l'année précédente ! Est-ce pure coà¯ncidence si, toujours au cours de l'année 2002, prés de 700 journalistes ont été arràªtés pour des périodes plus ou moins longues ?
Aujourd'hui encore, la liberté de la presse n'est pas garantie dans plus de la moitié des pays du monde. Qu'en sera-t-il demain ? On a tous en tàªte l'époque de la guerre froide quand, au nom de la lutte contre le communisme, bien des démocraties fermaient les yeux sur les exactions d'un Mobutu, tyran ubuesque mais qui avait le mérite d'endiguer la progression des alliés de l'URSS au sud du continent. Nous sommes à  nouveau dans le màªme cas de figure. A la seule différence que Ben Laden a remplacé, dans le rà´le du diable, les hà´tes du Kremlin.
D'un diable qu'il faut combattre, cela va sans dire. Mais attention aux dommages collatéraux.
 

 

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