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« Ce sera une année de combat »

H. A.
01-01-2003

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Par Henri Alleg

Qui n'obéit à  la tradition qui veut qu'au début de chaque nouvelle année on se souhaite mutuellement les meilleures choses du monde ? Màªme si l'on a bien conscience que ces vux n'ont pas grand pouvoir pour infléchir le sort de chacun, ils n'en sont pas moins reà§us comme un témoignage de sympathie et comme le partage d'une espérance. Meilleurs vux donc à  tous les lecteurs du Matin et à  l'Algérie tout entiére et que 2003 lui fasse retrouver la voie de la paix, du développement et du progrés social !
L'Algérie, sortie de la nuit coloniale il y a un peu plus de quarante ans, se cherche encore. Quarante ans, c'est beaucoup dans la vie d'un homme. Mais c'est peu, trés peu, dans la vie d'un peuple qui, surtout quand il est aussi jeune que l'est le peuple algérien, a tendance à  oublier cette évidence au point que certains, confrontés aux immenses problémes d'aujourd'hui, en arrivent à  penser que le futur n'ouvre plus sur aucune perspective. Aussi n'est-il pas inutile parce que l'on ne renonce pas à  préparer l'avenir, de jeter un coup d'il en arriére - ce qui ne signifie pas qu'il faut garder constamment les yeux fixés sur le passé - pour mesurer le chemin parcouru.
Un chemin qui, certes, souligneront certains, n'a pas confirmé les grandes espérances formulées durant la guerre de Libération et dans les premiéres années de l'indépendance. Qui a été marqué de bien des déceptions, de taches de sang, barré d'obstacles que des forces internes et externes s'évertuent encore à  bà¢tir ou à  consolider. Tout cela est vrai. Mais en dépit de tout, qui peut nier les progrés spectaculaires accomplis ? L'Algérie d'hier, analphabéte à  90 %, o๠l'on pouvait compter sur ses doigts le nombre de ses universitaires, o๠la mortalité infantile battait des records, oà¹, à  certaines époques, la famine terrassait des dizaines de milliers de fellahs dans des régions entiéres, cette Algérie-là  n'est plus qu'un mauvais souvenir. Et, màªme si le présent peut apparaà®tre comme terriblement difficile à  vivre et parfois dramatique, il reste qu'un formidable pas en avant a été fait. Pourquoi faudrait-il fermer les yeux devant cette autre réalité ? Au-delà  des épreuves d'aujourd'hui, des combats encore à  mener pour une société réellement fraternelle et libre, débarrassée du chà´mage, des inégalités, de toutes les exploitations et oppressions, l'avenir de l'Algérie reste riche de magnifiques promesses. Riche de ses formidables ressources naturelles, riche surtout de l'intelligence, de l'ouverture d'esprit, du courage et des capacités de ses travailleurs, du talent de ses écrivains, de ses artistes, de ses intellectuels, riche de l'engagement de ses femmes qui prennent avec toujours plus de force et de résolution leur place dans l'essor et la modernisation du pays.
Mais les dangers qui menacent l'avenir sont aussi à  prendre en compte : ce sont ceux auxquels sont confrontés tous les peuples qui sortent à  peine de décennies, parfois de siécles d'esclavage colonial. Le premier péril vient des tentatives de « recolonisation » de la part des grandes puissances et d'abord de la seule superpuissance qui demeure et dont les dirigeants ne cachent pas leur volonté d'imposer, de faà§on directe ou indirecte, leur systéme et leur domination politique, économique, militaire à  toutes les nations de la terre. Pour ce faire, ils tentent de faire croire que ce n'est pas pour accaparer leur pétrole et leurs richesses, pour empàªcher leur développement économique indépendant qui ferait concurrence à  leur propre industrie, pour verrouiller toute marche en avant des peuples, qu'ils multiplient contre eux les chantages, les ingérences, les agressions, les guerres, et les blocus. Hier, les chantres du colonialisme prétendaient que leurs expéditions au-delà  des mers n'avaient pour but que de servir le « progrés » et la « civilisation », alors qu'avec les méthodes de guerre les plus barbares, ils détruisaient des cultures millénaires et réduisaient en esclavage des millions d'hommes. Aujourd'hui, c'est au nom de la « démocratie », de la « défense des droits de l'Homme » et de la « lutte contre le terrorisme » que les champions de la « mondialisation » et du « libéralisme » prétendent agir alors que ce sont eux-màªmes qui, en Afghanistan et ailleurs, ont installé et soutenu de sanglantes dictatures, suscité, payé et armé les groupes d'assassins qu'ils accusent aujourd'hui. Si l'on doit condamner avec la plus grande force les crimes commis par des mercenaires fanatiques qui n'ont rien à  voir avec la juste lutte des peuples pour leur libération, il faut aussi dénoncer un autre « terrorisme », le terrorisme d'Etat aujourd'hui pratiqué à  grande échelle. Car, comment qualifier autrement le bombardement meurtrier de milliers de civils irakiens par l'aviation américaine, le massacre de Palestiniens à  Sabra et Chatila (avec la complicité directe de Sharon, leur allié le plus proche) ou encore, au Chili, le carnage perpétré à  l'encontre des partisans et alliés de Salvador Allende par Pinochet, mais préparé avec l'aide directe de Kissinger et de la CIA ? Faut-il se cacher que l'année 2003 risque de s'ouvrir sur d'autres bains de sang à  nouveau programmé par les màªmes ? Déjà , des dizaines de milliers de soldats américains sont rassemblés aux frontiéres de l'Irak. Leurs alliés européens, en dépit de réticences, se préparent à  les épauler. Des navires de guerre, des avions postés dans la région n'attendent qu'un signal pour semer la désolation et la mort. Aujourd'hui, c'est l'Irak qui est visé. Demain l'Iran ? Ou la Corée ? Ou la Colombie ? Ou le Venezuela ? Ou quels autres pays qui refuseront de se soumettre aux diktats de ceux qui prétendent régenter le monde. George Bush les a déjà  inscrits sur sa liste.
Cette lugubre perspective d'un monde enchaà®né au char de l'empire universel dont on ràªve à  Washington est-il donc inéluctable ? D'autres, avant Bush et ses semblables, ont bercé les màªmes ambitions. « Le soleil ne se couche jamais sur nos terres impériales », aimait à  dire en s'en glorifiant Charles Quint et aprés lui les rois et reines d'Angleterre. Le soleil s'est pourtant couché un jour sur ces empires « invincibles » et « éternels », et ce sont les peuples qui ont enterré leurs maléfiques et meurtriéres illusions.
C'est encore aux peuples qui, aujourd'hui, choisissent la paix contre la guerre, la fraternité plutà´t que la haine, la compréhension et l'amitié plutà´t que l'exclusion et l'intolérance, la solidarité et la coopération internationales plutà´t que l'écrasement sans merci du plus faible par le plus fort, qu'appartiendra le dernier mot.
Et le peuple algérien ne restera pas en dehors de ce combat planétaire pour un monde enfin humain.

H. A.

Biographie
Historien, militant du Parti communiste algérien, Henri Alleg a également été, de 1950 à  1955, directeur d'Alger républicain, interdit en septembre 1955. En juin 1957, il sera interné et torturé à  El Biar (Alger), comme la plupart des collaborateurs du journal, par les soldats franà§ais, une épreuve racontée dans son livre-témoignage retentissant La Question. Henri Alleg fait partie d'un collectif de douze intellectuels ayant lancé en octobre 2000 un appel pour la condamnation officielle de la torture durant la Guerre d'Algérie par l'Etat franà§ais.

 

 

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