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« Nous nous opposerons à  tous les bradages »

A. S.-S.
01-01-2003

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Par Abdelmadjid Sidi-Saà¯d

Chaque année, l'Algérie aborde pour la éniéme fois pratiquement les màªmes sujets : réformes, privatisations, démocratie Mais si les défis restent les màªmes et si la nécessité de les relever se fait sentir chaque moment d'une maniére impérieuse, la faà§on de les aborder, de les concrétiser n'a nullement changé. On prend les màªmes et on recommence. On gére l'immobilisme.
Il est vrai que l'Algérie ne résoudra pas toutes ses difficultés en un an. C'est un travail de longue haleine, autour d'un projet économique et social clairement défini au bénéfice de toutes et de tous dans l'équité et la justice. Malheureusement, pour le moment, ces paramétres ne sont pas réunis.
En tant que syndicaliste, je suis optimiste et je garde l'espoir de nous voir surmonter les adversités et difficultés que d'autres veulent nous imposer comme si nous étions des étrangers dans ce pays, comme si le devenir de nos travailleurs et nos citoyens ne nous concernait pas.
Autant je suis optimiste, autant je suis préoccupé par la situation sociale en perpétuelle dégradation, dans tous ses compartiments. Je redouble d'inquiétude et de souci à  chaque fois que reviennent à  la charge des déclarations, allégations et assertions qui rendent compte d'une méconnaissance prouvée des réalités socioéconomiques et d'une ignorance certaine, voire une d'indifférence à  l'endroit des sacrifices des travailleurs et de larges secteurs et pans de la société qui ont souffert le martyre face au terrorisme intégriste et sa machine semeuse de mort et de désolation, une machine qui n'a épargné ni bébé, ni femme, ni vieillard, ni qui que ce soit parmi les hommes et les femmes de la culture, de la presse, de la sécurité et du monde du travail, y compris les hommes de culte.
Profitant de l'occasion pour rendre un hommage sincére aux travailleuses, travailleurs, à  l'ANP, aux services de sécurité, aux Patriotes et aux femmes et aux hommes de la presse nationale qui ont assumé leur responsabilité patriotique pour que l'Algérie républicaine, démocratique demeure unie et indivisible.
Une machine à  combattre jusqu'à  son extinction, y compris sa matrice intégriste.
Ce n'est pas au moment oà¹, à  la faveur des odieux attentats du 11 septembre 2001, l'opinion internationale prend conscience de la gravité des conséquences de l'action terroriste que nous céderions, nous en Algérie, aux chantres de cette mouvance en faisant l'impasse sur tous leurs crimes et exactions.
Nous n'hésiterons en aucune maniére à  nous opposer aux amalgames politiques qui aboutiraient à  redonner droit de cité à  l'expression rétrograde, antidémocratique et moyenà¢geuse, totalement disqualifiée par dix années de crimes et de destruction.
L'année 2003 sera une année syndicale au sens plein du terme. Pour l'amélioration du pouvoir d'achat et des conditions de vie des travailleurs. Pour la défense de l'institution de Sécurité sociale et du systéme de retraite.
Elle sera également l'année de la Fonction publique et ce que cela suppose comme réhabilitation du fonctionnaire, du cadre, des commis de l'Etat ainsi que de leur sécurisation morale et matérielle face aux dangers qui menacent leur poste de travail et leur gagne-pain sous le fallacieux prétexte d'austérité budgétaire, de flexibilité de l'emploi et de réduction des charges de l'Etat.
Les positions que l'UGTA a prises ces derniers temps et qu'elle sera amenée à  prendre durant l'année 2003 ne doivent en aucune maniére àªtre perà§ues comme des combats d'arriére-garde. Elles témoignent bien au contraire de sa volonté de faire barrage à  toute velléité de bradage de l'économie nationale, aux menaces qui pésent sur l'entreprise économique algérienne, qu'elle soit publique ou privée.
Nous ne pensions pas que l'application mécaniste de théories ultralibérales et qui ne tiennent pas compte des conséquences désastreuses sur le plan social, puisse par la seule magie de leur application céder la place à  une reprise économique débarrassée de « toute entrave » et renouant dés lors avec la croissance et la reprise de l'emploi.
En effet, plus personne, à  l'exception de certaines « élites » algériennes convaincues d'avoir raison contre vents et marées, ne croit que les remédes du FMI soient « la seule politique possible » (màªme s'il y a quelques jours, un représentant de cette élite messianique affirmait en public qu'il n'y avait pas place pour « un second best » et que la solution unique était la privatisation à  outrance censée aboutir à  la croissance partagée).
Déjà , depuis 1995, date de la conférence de Copenhague, les institutions financiéres internationales, essayant de corriger les conséquences des échecs quasi systématiques des PAS qu'ils ont imposés partout dans les pays du Sud, ont tenté de faire amende honorable et n'osent plus parler de réformes à  outrance (du genre à§a passe ou à§a casse) et développent des concepts d'accompagnement des réformes et politiques de privatisation en direction des populations qui les subissent.
Sans grand succés si on se refére à  ce qui s'est passé récemment en Argentine, au Brésil, en Uruguay ou au Venezuela, sans parler de la déconfiture des pays asiatiques, au plus loin l'exemple russe, tous sous contrà´le du FMI.
L'expérience récente du PAS, si elle a satisfait le FMI en ce qui concerne les grands équilibres macro-économiques du pays prés de cinq ans aprés son achévement, n'a pas répondu aux promesses de relance économique qui avaient été faites.
Aujourd'hui, des voix discordantes s'expriment de l'intérieur màªme des chapelles du libéralisme pour dénoncer les intégrismes ultralibéraux.
Il n'y a pas trés longtemps, quelqu'un comme Joseph Stiglitz, ancien premier vice-président de la Banque mondiale et ancien économiste en chef de cette institution, se dressait pour critiquer les démarches simplistes et ravageuses de l'ultralibéralisme que continuent de brandir ses chantres malgré son échec dans le monde entier.
Pourtant, M. Stiglitz n'est ni un marxiste désabusé ni un militant d'Attac. Il a été conseiller de Bill Clinton et est acquis aux régles de marché, au capital privé et à  la liberté du commerce et de l'industrie.
Alors, permettez-moi de douter des promesses des Nostradamus en tout genre. Et de grà¢ce, cessons de considérer le « cas Algérie » comme un exercice de mauvais étudiant de premiére année en économie !
La faillite et l'improductivité des idées et des théses ultralibérales et leurs conséquences désastreuses et dévastatrices sur les économies constituent un élément dangereux pour la stabilité et la cohésion sociales.
Qu'il soit d'abord bien dit ici que l'UGTA ne considére pas ses réformes comme un processus allant dans un sens favorable aux forces du travail et de la production, ces réformes qui doivent générer des richesses et de l'emploi, et non la misére et le chà´mage.
C'est dans ce but que l'UGTA a appelé les organisations d'employeurs à  la tenue d'un sommet économique et social susceptible d'aider à  la sortie de crise et à  replacer notre pays dans une trajectoire de redéploiement économique, à  finalité sociale.
Les moyens et les possibilités existent : les équilibres macro-économiques sont assurés, l'Etat dispose de ressources financiéres jamais égalées.
C'est vrai que 2003 ne sera pas moins difficile, faute d'indices ou de signes motivants ou encore de lisibilité due à  l'improvisation, la précipitation ou encore le manque d'objectivité chez des initiateurs économiques visiblement atteints de frénésie comme si emportés dans une course contre la montre. Nous refusons d'àªtre des victimes de l'improvisation et de la précipitation qui hypothéquent le présent et l'avenir de générations entiéres.
Nous refusons que soient hypothéquées nos entreprises, avec, en plus, la menace qui pése sur des milliers d'emplois et ainsi sur nos ressources énergétiques pour une poignée d'illusions et de chiméres.
Nous refusons que soient ligotées nos mains et bà¢illonnées nos bouches. Nous refusons qu'on nous impose le silence au nom de la globalisation et l'insertion dans l'économie mondialisée qui ne servent, en définitive, que les intéràªts des riches, des gens de la finance et des affaires.
Que l'année 2003 soit une année algérienne qui redonne espoir à  nos travailleuses, travailleurs, cadres, chà´meurs qui attendent de nous défense et protection de leurs intéràªts.
Que cesse l'inertie économique. Il faut réunir nos efforts pour que cesse le cercle de la pauvreté, de l'exclusion et de la marginalisation.
Faisons en sorte que l'année 2003 ne rejoigne pas le lot des déceptions.
Car le chemin de la stabilité sociale, de la reconstruction économique ne se décréte pas. Il se bà¢tira dans des démarches consensuelles et de concertation.
Nous restons ouverts en direction de ceux qui souhaitent affronter les enjeux dans un esprit de loyauté. Il est en tout cas incontournable pour toute recherche sérieuse de sortie de crise.
Si la paix sociale constitue un impératif pour rebà¢tir la stabilité, il faudra aussi que l'année 2003 aboutisse au réglement définitif de la crise de Kabylie, véritable plaie sur le triple point de vue de la démocratie, de l'économie et de la sécurité.
Le laxisme en la matiére ne fait qu'aggraver la situation par son pourrissement et en retarder la résolution juste et équitable.
Faisons ensemble en sorte que 2003 soit l'année de la pleine citoyenneté.
L'année 2003 sera trés dure sur le plan international, pour le respect des droits de l'Homme et l'arràªt des violations par ceux que les organisations de défense des droits de l'Homme et autres ONG ont l'habitude de mettre à  l'index.
On en subodore déjà  les futures victimes : ce sont les enfants de Palestine et les enfants d'Irak.
Il est triste de constater que les auteurs de ces violations ne sont autres que ceux-là  màªme qui s'autoproclament champions de la défense des droits de l'Homme.
Nous savons que l'espoir est un hymne individuel mais également collectif.
Un espoir qui ne se nourrit que de la concrétisation réelle dans les changements dans la vie de tous les jours. Le changement ne se limite pas aux seuls aspects financiers, mais il doit àªtre perà§u aussi au plan social, économique, politique, moral et culturel.
Nous caressons tous les jours l'espoir de voir notre Algérie guidée par des hommes et des femmes qui font preuve de sens politique, de sagesse au bénéficie de la justice et de l'égalité.
A mon humble avis, l'essentiel n'est pas encore définitivement compromis et que le sauvetage est encore possible.

A. S.-S.

Biographie
Né en 1949, le secrétaire général de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) a intégré le mouvement syndical dés l'à¢ge de 16 ans. Elu au secrétariat national lors du congrés de 1990, il s'occupe du département des affaires sociales avant de se consacrer en 1995 aux relations extérieures. Proche collaborateur du défunt Abdelhak Benhamouda, il lui succéde en mars 1997. Il a été reconduit dans ses fonctions de secrétaire général par le 10e congrés de la centrale syndicale, en octobre 2001 à  Alger.

 

 

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