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« Chasser les loups islamistes »

E.-H. C.
01-01-2003

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Par El-Hachemi Cherif

Le néo-libéral-islamisme (comme base socioéconomique et idiosyncrasie) n'en est encore qu'à  ses débuts, et ses résultats font déjà  sur le pays l'effet dévastateur d'un cataclysme. C'est normal, diraient certains. Mais, il n'y a pas que cela. C'est que, au-delà , et c'est une conséquence, ce Pouvoir ne s'occupe qu'accessoirement de la gestion du pays et consacre l'essentiel de son temps et de son énergie à  la préservation et à  la distribution de la rente et de ses clientéles.
Le résultat en est désastreux. Impossible à  décrire. Lorsque nous sommes invités à  écrire et à  dire, la premiére réponse qui vient à  l'esprit est que tout a déjà  été dit. Mais il se trouve qu'entre le temps du dire et le temps du redire, la situation s'est déjà  aggravée.
Alors, quelque effort que nous fassions pour àªtre au plus prés de la vérité, nous nous rendons compte que nous sommes toujours en deà§à  ! En matiére économique, le bradage, le bazardage et la récession continuent. Comme on le constate d'expérience, le débat sur l'économie, sa réforme, la privatisation - la Sonatrach ou le dossier du foncier agricole - est totalement biaisé parce que l'Etat lui-màªme est déjà  privatisé, patrimonalisé, ce qui brouille les rapports liés à  la souveraineté nationale sur le territoire et sur les richesses nationales, parce que ceux qui les défendent comme ceux qui s'y opposent ne se situent pas forcément dans un camp unique. Aussi, ce qu'il faut étatiser d'abord et avant tout, c'est l'Etat lui-màªme ! Les réformes restent impossibles à  mettre en uvre parce que contradictoires et velléitaires et que le rapport de force tellement en état d'équilibre que les tendances contraires se neutralisent, faisant qu'aucune d'elles ne peut imposer ses choix ni les assumer jusqu'au bout. Qui peut oser gérer ce pays ingérable dans ces conditions, sinon ceux qui n'ont cure de sa bonne gestion, qui ne se sentent responsables de rien et vis-à -vis de qui que ce soit, et dont les retraites (au double sens) sont confortablement assurées ! Qui, sujet national ou étranger, va investir dans la production et pour l'accumulation nationale, alors que toute la machine d'Etat tourne au profit de la rente, que la corruption s'est généralisée, banalisée et est devenue une norme, la norme ? Tout le cadre de vie et l'environnement se dégradent à  vue d'il : infrastructures et équipements, urbanisme, architecture, salubrité, pollution, transport, santé publique, etc. Conséquence logique, la santé physique, psychique et psychologique de la population se dégrade dramatiquement, avec appauvrissement physique et retour des épidémies, etc. La corruption bat son plein dans la société (par nécessité), et les appareils de l'Etat (par cupidité). Ici misére, désuvrement et hitisme, drogue et délinquance galopante ; là , richesse insultante, anomie et inversion des valeurs. L'école et l'université, lieux de préparation de l'avenir et de formation des élites, s'appauvrissent et se délitent. Peu à  peu, la société est physiquement, culturellement, moralement, politiquement dévitalisée et ses moyens de résistance érodés. C'est le peuple, dans ses catégories les plus larges, qui paie (là  aussi au double sens). Il est saigné sans merci. La culture, comme creuset de savoir, d'idées et d'épanouissement individuel et collectif, se délabre malgré les trésors de talents que recéle le peuple algérien. L'espace est ainsi cédé aux idéologies spontanées générées par la rente et dont la rente a besoin pour vivre.
Idéologies qui nourrissent à  leur tour le terrorisme, dont la machine à  recruter et les réseaux de soutien fonctionnent à  plein comme résultat de la confusion politique et de l'ouverture du Pouvoir en direction des islamistes. Et ce terrorisme se soutient de plus en plus du terrorisme islamiste international désormais entré dans une nouvelle phase.
Toute cette évolution favorise les campagnes de déstabilisation externe et interne de l'ANP comme un des centres nerveux potentiels de la résistance à  la subversion islamiste, campagnes qui s'ajoutent à  la gestion problématique de la crise, pérennisent la tension, tandis que Ben Bella profane la mémoire de Abane, le tout participant aux pressions pour libérer Abassi et Benhadj et réhabiliter le FIS assassin en attendant de lui remettre les clés du pouvoir. Je vois d'ici certains fulminer contre ce « procés d'intention », mais il est utile de répéter que c'est Bouteflika lui-màªme qui l'a pour le moins laissé entendre en de nombreuses circonstances. Màªme si l'intention n'est que de l'ordre du doute, rappelons comme cet écrivain que « si la République est la vertu, elle est comme la femme de César. Elle ne doit pas àªtre soupà§onnée ! »
Avec l'exacerbation provoquée de la crise en Kabylie, le Pouvoir tente de détourner les regards de la crise générale qui affecte le pays et s'en sert comme diversion et dérivatif. Et le traitement irresponsable du dossier des détenus et des grévistes de la faim le confirme.
La preuve est ainsi faite que c'est un pays sans institutions ou qui n'en entretient que pour la légitimation du systéme/Pouvoir et de ses pratiques. Et tandis que la classe politique s'avére de plus en plus obsoléte, les forces démocratiques, qui se sont investies dans le sauvetage de la nation, sont écrasées par les choix de fond et les alliances du Pouvoir. Et dire que c'est dans ces conditions que l'Algérie officielle courtise tout le monde et toutes les puissances au plan international, sans ligne stratégique de principe, frappe à  la fois à  la porte de l'OMC, de l'UE, de l'OTAN, de la francophonie Mais point de minimum en politique extérieure, à  savoir une position digne sur la Palestine et sur la résolution américaine d'agression contre l'Irak, rejoignant ainsi la couardise des dirigeants arabes, sans égard aux dangers d'une telle agression sur le peuple irakien et aux dégà¢ts politiques collatéraux sur le monde arabo-musulman et sur les risques d'une nouvelle déferlante islamiste.
Mais nous en sommes toujours là , parce que nous refusons de comprendre qu'il n'y a plus d'accumulation quantitative possible dans le cadre du maintien de cet ordre ancien. Et que l'Algérie ne peut reprendre le chemin du progrés qu'en rompant avec l'islamisme et avec le systéme rentier bureaucratique corrompu, et en changeant radicalement dans la voie de la modernité et du progrés.
Aussi, les nuages continuent à  s'amonceler et toute l'année 2003 va àªtre consacrée à  la relance de la course sans principe au pouvoir, avec un Bouteflika qui continuera à  utiliser tous les atouts en sa possession, tous les dossiers contre ses adversaires, disputant au noyau dur du systéme de partage des féodalités rentiéres traditionnelles ou nouvelles. Et ces nouvelles contradictions et conflits à  l'intérieur du systéme vont encore hypothéquer davantage le redressement du pays. En fait, il n'y a aucune possibilité de changement de l'intérieur du systéme. Et surtout pas de changement avec le maintien des màªmes instruments politiques et des màªmes modes de légitimation empruntés à  la démocratie formelle pour alterner entre El Hadj Moussa et Moussa El Hadj en opposition à  la démocratie réelle avec un suffrage universel dont màªme la fonction légitimatrice extérieure est révolue. Des forces de plus en plus nombreuses au plan national comme au plan extérieur se rendent compte qu'aucune démocratie n'est possible dans le cadre du systéme actuel avec le maintien de l'islamisme et des partis-Etat dont la fonction est essentiellement reproductrice.
C'est tout le systéme qui doit partir, avec son contenu historique et sociopolitique, ses institutions, ses appareils et son personnel. Ce que la persistance de la crise dans tous les domaines prouve, c'est que l'Algérie a épuisé toutes les potentialités d'accumulation dans le cadre du maintien du systéme ancien. La dynamique de reprise d'essor ne sera restaurée de faà§on sérieuse et durable qu'au terme d'une rupture radicale dans l'Etat et la classe politique par leur refondation dans le sens de la République, de la démocratie moderne et du progrés sur tous les terrains.
Le peuple par intuition l'a compris. Et c'est l'exigence du départ de ce systéme qu'il a signifié au Pouvoir en place par le boycott massif des échéances électorales de l'année 2002. Il a ainsi opposé un « faqou » cinglant aux tenants du systéme et à  la classe politique qui a cautionné les mascarades électorales. Mais, a-t-il été écouté ? Aucun indice ne le laisse entrevoir pour le moment. Le Pouvoir continue à  s'en tenir à  son calendrier et au formalisme démocratique au détriment d'une expression authentique de la démocratie.
Aujourd'hui, l'Algérie a un besoin essentiel d'un sursaut patriotique et démocratique authentique fondé sur une ligne de rupture et de changement et en mesure d'imposer une direction en accord avec cette stratégie, homogéne et solide comme un roc. Elle n'a nul besoin d'un homme de consensus hybride qui voudrait « manger avec le loup et pleurer avec le berger ». Car, il s'agit à  la fois de résister face à  la pression des loups islamistes et rentiers, corrompus, et de passer à  l'offensive dans les domaines des réformes politiques par la refondation de l'Etat passant par l'abrogation de l'article 2 de la Constitution, la refonte de la classe politique, des réformes économiques et sociales, de l'éducation et de la culture, de la justice, de l'égalité, de la citoyenneté, des droits et libertés, du progrés, de la dignité. En somme, un Pouvoir qui non pas fera face au mouvement des citoyens, mais qui se positionnera franchement avec le mouvement des citoyens et à  ses cà´tés.
L'an 2003 devra consacrer ou préparer ce changement-là . Il est urgent et vital. Sans quoi aussi insondable aura été le mystére de la capacité de notre peuple à  supporter l'insupportable, aussi redoutable sera sa réaction le jour du jugement dernier (il s'agit bien entendu du jugement sur Terre).
C'est Boudiaf qui disait : « Notre bien est en nous, notre mal est en nous. » Sachons en tirer des leà§ons et sortons définitivement de cette tradition politique qui nous pousse à  toujours scruter ce qui se passe en haut, avec le secret espoir que les contradictions et décantations au sein du Pouvoir finiront par avoir raison de lui, et comptons essentiellement sur nos capacités à  nous lier à  la société pour aller dans le sens de l'exigence du changement.

E.-H. C.

Biographie
L'actuel secrétaire national du MDS est né en 1939. Il a rejoint les rangs de l'ALN en 1960. En 1963, il est nommé chef de daà¯ra à  Lakhdaria, avant d'àªtre désigné secrétaire général de la Radio télévision algérienne de 1963 à  1967. Opposé au coup d'Etat de 1965, il est membre fondateur du PAGS en 1966. Aprés la dissolution du PAGS, en 1992, il prend la direction du parti Ettahadi en 1994. N'ayant pas tenu les assises de la conformité en 1998, le parti se redéploie aprés à  travers le sigle MDS, créé le 30 avril 1998. Il a été le premier à  avoir appelé au boycott des présidentielles du 15 avril 1999.

 

 

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