Vendredi 04 juin 2004

 

Chroniques de

Dossiers

  Polémiques
  Sport

Caricature

  Horoscope du jour

A votre service

Archives

 

Dossiers> Dossiers du jeudi


« Les jours seront sombres »

A. Y. A.
01-01-2003

Imprimez cet article
Envoyez cet article à un ami

Par Ali Yahia Abdennour

L'année 2003 serait-elle condamnée à  reproduire l'année précédente ? Il n'est pas besoin d'àªtre un adepte de ceux qui lisent dans le marc de café ou dans la boule de cristal pour voir dans la crise qui se situe à  trois niveaux - politique, économique et social, culturel et identitaire - un double danger pour la stabilité de la société et la paix sociale.
Pour prévoir l'avenir immédiat, màªme ce qui se passera dans deux ou trois mois, il faut concevoir des scénarios à  géométrie variable afin de ne pas àªtre pris au dépourvu pour gérer l'imprévisible.
L'horizon est obscur, assombri pour longtemps. Une chape de plomb s'abat sur le peuple algérien et l'installe dans un interminable deuil. L'Algérie est au bord du gouffre. Va t-elle faire un bond en avant ou se ressaisir, freiner des quatre fers ? Là  est la question. Quelle est la solution de rechange politique ou quelle est l'alternative à  l'impasse ? 2003 sera fait de retournements spectaculaires.
Toutes les contradictions de la société vont se cristalliser autour de la campagne électorale pour la présidentielle, qui a déjà  commencé et qui va bientà´t atteindre son paroxysme.
Toutes les grandes manuvres politiques vont commencer. Sans se laisser guider par un excés de pessimisme ou de catastrophisme, le systéme politique, qui a la drogue du pouvoir et demeure imperméable à  tout changement, ne changera ni dans sa nature, ni dans sa fonction, ni dans son rà´le.
La logique du pourrissement voulue par le Pouvoir va s'accentuer au cours de l'année 2003 car il ne fait rien pour trouver une solution aux maux et fléaux qui assiégent le pays et réduire les inégalités sociales et les injustices.
L'exil va-t-il encore s'imposer comme une solution d'avenir pour la jeunesse dont l'avenir est bloqué et les possibilités d'emploi compromises ?
Il faut préparer l'avenir autour de deux préoccupations majeures, de deux questions de fond de nature politique : l'avenir de notre économie et de la solidarité nationale, le devenir de la culture. Dans l'ordre des priorités et des valeurs, la rupture avec l'ultralibéralisme, qui condamne au chà´mage, à  la précarité et à  la pauvreté des millions d'Algériens, va l'emporter sur toute autre considération.

Que sera l'Algérie dans le futur immédiat ?
Les acteurs de la vie politique vont redoubler d'activité. Deux tabous permanents, le Président de la République et l'Armée, vont tomber. L'Algérie ne fait pas de différence entre les chefs d'Etat et les chefs de coups d'Etat, par les armes ou par les urnes. Tous les chefs d'Etat sont sortis des rangs de l'armée ou choisis par elle. Le primat du militaire sur la politique a-t-il encore de beaux jours devant lui ?
Le Président Bouteflika va mettre à  la disposition de sa candidature les moyens de l'Etat. Il va brandir une fois de plus le spectre du terrorisme, pour empàªcher le fonctionnement régulier des institutions et limiter les libertés par le maintien de l'état d'urgence.
La violence, comme la crise économique et sociale, ne concerne que le peuple car les dirigeants et ceux qui gravitent autour d'eux sont sous haute protection et vivent dans l'opulence.
Le Président Bouteflika, qui a confondu présidence et affaires étrangéres, et préféré à  la fréquentation des problémes internes celle des tribunes et des banquets étrangers, va se reconvertir et sillonner le pays pour inaugurer les moindres réalisations, multiplier les bains de foule, l'improvisation et les gestes spectaculaires.
Il va changer de gouvernement pour que les choses ne changent pas. Il n'a réussi ni à  vaincre la corruption ni à  la limiter.
Il a fait de la présidence l'exercice d'un pouvoir personnel, solitaire et vindicatif, a accumulé trop de fautes qui lui aliénent de nombreux opposants, qui le fragilisent. Il n'est pas question de lui donner de quitus pour le passé, de blanc seing pour le présent ou de chéque en blanc pour l'avenir.
L'année 2003 dessinera-t-elle la fin d'une époque, celle de la fraude électorale au profit du candidat officiel ? L'Armée va-t-elle soupeser les ambitions et les talents des candidats à  la future élection présidentielle pour choisir le moins mauvais ? Elle doit se préparer à  se retirer de la vie politique pour se moderniser afin de mener à  bien ses fonctions de défense du pays.

Décideurs de l'Armée, rendez le pays à  son peuple
L'Armée n'est tenue de servir ni un pouvoir, ni un clan, ni un homme, mais seulement l'Algérie, nation, peuple et société.
Certains disent que malgré les dissensions affichées qui apparaissent au grand jour, l'Armée et le Président seraient d'accord sur l'essentiel. Les sources autorisées de l'Armée seront plus fréquentes, et les divergences de fond entre les deux parties qui sont inconciliables aboutiront à  la rupture, car dans un mariage de raison il faut toujours prévoir le divorce.
Les aà¢rouch, qui sont en danger permanent de manipulation et de récupération par le Pouvoir, ne doivent pas servir de tremplin à  des forces politiques. Confrontés à  des défis redoutables, il leur faut pour gagner durablement la confiance de la population éviter les rivalités personnelles et servir une ambition collective et non des ambitions individuelles. Màªme si le gouvernement accepte dans la forme la plate-forme d'El Kseur, il la videra de sa substance.
Les partis qui n'ont pas d'ancrage populaire et représentent peu de chose sur l'échiquier politique doivent-ils quitter la scéne politique pour permettre au paysage politique de se clarifier ou survivre comme appareils au service de leurs leaders ? Poser la question, c'est y répondre.
Le Pouvoir sera dans le collimateur de la société civile et politique franà§aise qui, sous l'impulsion de la FNAC, va contrebalancer l'Année officielle de l'Algérie en France.

Quel avenir pour les réformes économiques ?
Avant d'aborder les réformes, le Pouvoir doit d'abord lui-màªme se réformer. Un pays incapable de se réformer est promu à  la décadence car, comme l'a écrit Tocqueville, « le moment le plus difficile pour un mauvais gouvernement est celui d'ordinaire o๠il commence à  se réformer ». Les réformes suscitent une grande résistance et s'enlisent, faute de parler le màªme langage. L'économie de marché dans un pays o๠le marché ne marche pas est de la fuite en avant. Chaque fois que le Pouvoir fera un pas vers la privatisation, màªme pour désengager l'Etat dans les secteurs qui ne sont ni stratégiques ni prioritaires, il y aura la levée de boucliers des syndicats de base déjà  échaudés. Les technocrates et les économistes qui ont envahi la politique ne sont pas des visionnaires. Dans les projets, il y a trop de technique et peu d'humain ; trop de chiffres et peu de réalité. La préoccupation du Pouvoir est de falsifier les statistiques et de masquer les échecs.
La souveraineté du dinar, qui est un des éléments de l'indépendance nationale, doit àªtre consacrée sur le marché international par l'arràªt de sa dégradation, le redressement de sa valeur et sa convertibilité. La hausse des prix des produits de premiére nécessité va dépasser la cote d'alerte et débouchera sur de nombreux conflits sociaux. Les émeutes vont se multiplier partout dans le pays pour infléchir la prise de décision du Pouvoir qui ne reconnaà®t que le froid langage des rapports de force. L'UGTA a abandonné le syndicalisme de protestation et de contestation pour un syndicalisme de concertation et de soumission au Pouvoir. Si la hiérarchie syndicale tient parfois des discours musclés, hostiles à  la politique du Pouvoir, c'est seulement pour désamorcer la fronde de la base, car elle finit toujours par s'incliner, mieux par abdiquer. Le nerf de la guerre, qu'est le fonctionnement de la centrale syndicale, est assumé par le Trésor public par des milliards de centimes.

A. Y. A.

Biographie
Né en 1921, Ali Yahia Abdenour est président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH). Ancien militant du PPA puis du MTLD, il rejoint le FLN en 1955. Ministre des Travaux publics en 1965 et de l'Agriculture de 1965 à  1967, il est membre fondateur de la LADDH en 1985. La ligue, agréée par la Fédération internationale des droits de l'Homme, n'a jamais reà§u l'aval des autorités algériennes. Avocat du FIS dissous, il est l'un des animateurs de la conférence de Sant'Egidio, en 1995, à  Rome. Il est auteur d'un essai sur l'histoire contemporaine du pays : Algérie, raisons et déraisons d'une guerre.

 

 

A lire également


« Danger sur la liberté de la presse »

« La menace Bouteflika restera entiére »

« Ce sera l'année anti-américaine »

« Les vrais problémes vont rester »

« Ce sera l'esssor du cinéma algérien »

« Chasser les loups islamistes »

« Nous nous opposerons à  tous les bradages »

« Stopper la guerre en Tchétchénie »

« Pour une nouvelle coopération entre l'Algérie et les Nations unies »

 


Recherche

Copyright © 2002-2016 Le matin. Réalisation All Rights Reserved