Vendredi 04 juin 2004

 

Chroniques de

Dossiers

  Polémiques
  Sport

Caricature

  Horoscope du jour

A votre service

Archives

 

Dossiers> Dossiers du jeudi


« La menace Bouteflika restera entiére »

R. B.
01-01-2003

Imprimez cet article
Envoyez cet article à un ami

Par Rachid Benyelles

Les Algériens ne se font aucune illusion sur ce que leur réserve l'année 2003. Ils savent que la paix tant de fois promise ne sera pas restaurée, que les groupes islamiques armés, loin d'avoir été vaincus comme on n'a cessé de le leur répéter depuis 1997, continueront à  semer la mort et à  entretenir l'insécurité à  travers le territoire, que les élections seront toujours trafiquées, que leurs conditions de vie ne cesseront de se dégrader, que l'injustice, la misére et le désespoir jetteront toujours plus de jeunes dans la délinquance, la prostitution et la violence. Ils savent qu'ils n'y a rien à  attendre de gouvernants préoccupés par leurs seuls intéràªts, de partis politiques fantoches ou d'une centrale syndicale dont la seule mission est de contenir la révolte des travailleurs. Ils savent qu'ils n'ont rien non plus à  attendre des gouvernements occidentaux et de leurs discours hypocrites sur la démocratie et le respect des libertés publiques. Ils savent surtout que la descente aux enfers qui s'est accélérée depuis l'avénement de M. Bouteflika ne s'arràªtera pas tant qu'un àªtre aussi malveillant sera maintenu à  la tàªte du pays. Que peuvent-ils attendre d'un homme qui n'a pas hésité à  renier les causes nationale et arabe les plus sacrées en échange du soutien des puissants de ce monde, auxquels il s'appràªte à  livrer le sol et le sous-sol de l'Algérie en 2003 ? Que peuvent-ils attendre d'un personnage qui n'a de considération que pour ceux qui, à  l'intérieur et à  l'extérieur, peuvent le conforter dans sa mégalomanie et son besoin maladif d'àªtre reconnu sur la scéne internationale ? D'un homme totalement insensible aux souffrances et aspirations d'un peuple avec lequel il n'a jamais communié et pour lequel il n'éprouve aucun attachement. Un homme qui manifeste la plus grande aversion pour les problémes intérieurs qu'il laisse en suspens sans jamais se soucier des conséquences dramatiques que son immobilisme entraà®ne. L'exemple de la Kabylie, o๠la situation de crise perdure depuis prés de deux ans, est la parfaite illustration de cette attitude irresponsable et de ce comportement coupable. Travaillée par un mouvement de contestation profondément enraciné chez les jeunes et les générations intermédiaires, la Kabylie, dont on ne soulignera jamais assez l'attachement à  l'unité nationale, risque de perdre patience et d'emprunter un chemin que d'autres communautés, ailleurs dans le pays, seraient tentées de suivre à  leur tour. Au plan sécuritaire, et en dépit d'une certaine amélioration de la situation dans les grandes agglomérations urbaines, les groupes islamiques armés ont continué à  manifester leur présence par des massacres et des opérations toujours plus spectaculaires contre les forces de sécurité. L'année 2003 ne sera certainement pas celle de leur éradication, quand bien màªme seraient mis en uvre les armements et équipements les plus sophistiqués, comme dans certains pays d'Amérique latine, tels que la Colombie et le Nicaragua o๠l'engagement nord-américain est autrement plus conséquent. Les maquis islamistes se maintiendront tant que la population refusera de s'impliquer pleinement dans la lutte, ce qui sera le cas tant que subsistera l'énorme fossé qui sépare le peuple de ses gouvernants. Des gouvernants qui refusent toute alternative démocratique et ne songent qu'à  perpétuer leur mainmise sur le pouvoir, par tous les moyens, depuis la répression sanglante des manifestations jusqu'à  l'émiettement systématique du champ politique afin qu'aucune force échappant à  leur contrà´le ne puisse se constituer. La situation est malheureusement telle qu'aucun changement ne peut àªtre escompté en 2003. Pas màªme une révolution de palais qui, à  en croire certaines analyses, serait sur le point d'éclater à  cause des graves dissensions qui mineraient le sommet.
Nombreux sont, en effet ceux qui, dans les colonnes de journaux et dans les cercles d'initiés, soutiennent qu'une guerre ouverte oppose M. Bouteflika à  la haute hiérarchie militaire. A l'appui de leur thése, ils avancent comme des preuves irréfutables tel commentaire attribué à  une pseudo-source autorisée ou telle ambiguà¯té relevée dans les déclarations d'un général en activité ou à  la retraite. Des lapalissades et banalités déconcertantes sont interprétées comme autant d'indices révélateurs des désaccords profonds opposant les deux pà´les du Pouvoir.
Quant aux causes à  l'origine du conflit, chacun y va de son couplet. Pour les uns, il s'agit de divergences politiques et doctrinales graves relatives à  l'attitude à  adopter vis-à -vis des islamistes, alors que pour d'autres il ne s'agit que de problémes de leadership et de partage de la rente.
Contrairement aux militaires, qui par la bouche de leurs représentants, ont démenti l'existence de tout différend, M. Bouteflika n'a pas jugé utile d'en faire autant. D'abord parce qu'il ne s'est jamais senti tenu de s'expliquer devant l'opinion publique sur quelque sujet que ce soit, ensuite parce qu'il estime avoir tout à  gagner à  laisser entendre qu'il n'a rien de commun avec des hommes que la presse, notamment étrangére, présente comme des criminels et des prédateurs corrompus. Il voit d'un bon il tout ce qui peut les fragiliser et réduire leur poids politique. Ceci étant, M. Bouteflika est totalement étranger aux accusations dirigées contre les généraux, non par loyauté envers eux, mais par peur des risques qu'il pourrait courir si son entreprise était découverte.
N'ayant pas de légitimité populaire sur laquelle s'appuyer, il ne peut se permettre d'entrer en conflit avec eux car, s'ils venaient à  le là¢cher, il s'écroulerait de tout son poids de « Président à  part entiére », et ce, au bout de quelques semaines seulement. Ne tenant pas à  perdre leurs faveurs, il se garde bien de les heurter de quelque maniére que ce soit ou de franchir la fameuse « ligne rouge ».
Pour leur part, les militaires savent qu'ils ne sont pas en situation de se passer de la couverture politique d'un homme qui, à  force de génuflexions, a réussi à  obtenir la bienveillance des grandes capitales occidentales et le soutien des lobbies les plus influents dans le monde.
Entre M. Bouteflika et ceux qui l'ont porté au Pouvoir, il y a un contrat de partenariat que les deux parties ont scrupuleusement respecté jusqu'à  présent. Un contrat dont les clauses seront certainement reconduites pour constituer la base d'un deuxiéme mandat.
Rien de bien sérieux n'oppose en vérité M. Bouteflika à  ses partenaires. Tous sont d'accord sur les questions essentielles, à  savoir la nature du régime et leur maintien aux commandes du pays. Tout le reste est subsidiaire. Les divergences, somme toute normales, qui peuvent apparaà®tre sont réglées par la concertation et dans l'intéràªt général bien compris de tous.
Ceux qui, depuis des mois, persistent à  soutenir la thése de la lutte au sommet et brouillent toutes les lectures, seraient bien mieux inspirés de répondre à  la question de savoir pourquoi les militaires, supposés avoir tous les moyens de se faire entendre, ont été incapables jusqu'à  présent de faire prévaloir les points de vue opposés qu'ils leur pràªtent. A moins de penser qu'ils ne sont qu'une bande de velléitaires.
L'année 2003 apportera la confirmation que toutes les allégations autour du conflit opposant M. Bouteflika à  ses partenaires au pouvoir sont fausses. L'année 2003 sera consacrée à  la campagne électorale de M. Bouteflika qui pourra disposer, sans limite aucune, de tous les moyens de l'Etat, qu'ils soient matériels et humains, civils et militaires, à  l'intérieur comme à  l'extérieur du pays.
Aussi, et sauf bouleversement exceptionnel sur la scéne nationale ou internationale, M. Bouteflika est assuré d'un deuxiéme mandat. Pour ce faire, il pourra compter sur le soutien sans faille de ceux qui l'ont imposé lors du premier mandat et sur la bénédiction des grandes capitales occidentales qui, sans rien ignorer de son passé, de son impopularité actuelle et de ses piétres capacités d'homme d'Etat n'ont objectivement aucune raison d'éconduire un « ami » qui s'offre à  les servir avec un empressement et un zéle que leurs alliés tranditionnels, astreints à  plus de retenue, ne peuvent se permettre d'afficher tant ils redoutent les réactions de leurs peuples.

R. B.

 

 

A lire également


« Danger sur la liberté de la presse »

« Les jours seront sombres »

« Ce sera l'année anti-américaine »

« Les vrais problémes vont rester »

« Ce sera l'esssor du cinéma algérien »

« Chasser les loups islamistes »

« Nous nous opposerons à  tous les bradages »

« Stopper la guerre en Tchétchénie »

« Pour une nouvelle coopération entre l'Algérie et les Nations unies »

 


Recherche

Copyright © 2002-2016 Le matin. Réalisation All Rights Reserved